Décidément, le travail se dissimule partout (et surtout là où on ne l’attend pas)

maxresdefaultDans ma quête infinie du remède contre la précarité, j’ai fini par tomber dans les bras de l’Education Nationale. Et comme j’ai besoin de beurre dans mes épinards, je joue les prolongations en me déplaçant chez des élèves qui auraient besoin de plus d’explications. Si je suis habituée à exercer cette activité à mon compte, j’accepte aussi d’être démarchée par des organismes qui me fournissent des élèves. Seulement, voilà, j’ai décidé de ne plus le faire car le dernier organisme qui m’a démarchée avait des pratiques pour le moins douteuses. 

Explications. 

Contrairement aux autres organismes de cours à domicile, je passe comme un entretien d’embauche au siège de l’organisme. Je me dis que si le « recruteur » met autant de zèle, c’est peut-être pour proposer quelque chose de plus alléchant que des cours à l’heure. Effectivement, cet organisme propose également des stages en petits groupes et des ateliers qui, si je suis amenée à les animer peuvent me rapporter jusqu’à 100€ la demi-journée. La discussion est longue, il vérifie si j’ai une vocation pour ce métier, si j’ai un minimum de pédagogie et si j’accepte d’être disponible pour les élèves. Jusque là tout va bien. Je le préviens que j’ai déjà d’autres élèves qui me rapporteront plus que lui, et qui sont prioritaires, car je me suis déjà engagée à les accompagner. Il se permet de me dire que mon calcul n’est pas judicieux, car il espère déjà que je ne sois disponible que pour ses élèves.

Je trouve la remarque sous couvert de conseil, déplacée, et un brin paternaliste. Je laisse passer, même si je n’en pense pas moins.

Puis, il devient envahissant. Des coups de fils, quasi-quotidiens. Des SMS, à des heures indécentes. Comme si j’avais signé un contrat. Comme si j’étais tenue de lui répondre. Pour tout prétexte. Pour faire le point. Pour rediscuter des modalités du travail qu’il me proposait. Pour que j’envoie toutes mes disponibilités.

Il m’envoie chez une élève très rapidement. Cette élève n’a visiblement pas besoin de prof particulier étant donné son niveau, mais elle est répertoriée comme cliente assidue de l’organisme. Ma façon de travailler ne convient pas à l’élève, qui ne me dit rien mais qui se plaindra au responsable pédagogique, tout en reprogrammant des heures de cours. Je reçois un autre coup de fil, pour me dire que le retour de la famille à mon égard est négatif. Le second cours sera particulièrement pénible. L’élève ne m’a pas prévenue de ce qu’elle voulait travailler (elle avait une évaluation) alors qu’elle avait mon contact, et que je lui avais préparé un programme de révisions sur les points où elle avait des difficultés. Elle émettra un second retour négatif au responsable pédagogique de l’organisme.

Je me retrouve une n-ième fois au téléphone pour m’expliquer et rendre des comptes. Je commence à trouver que le tarif à l’heure auquel on me paye est bien faible compte tenu du temps que je dois passer à me justifier au téléphone, sachant que j’ai d’autres obligations pour lesquelles je touche un salaire fixe et mensuel.

Puis, il me reprogramme une autre élève. Cette fois-ci, je ne la verrai jamais. Pas parce que je refuse de la suivre. Mais parce qu’on m’impose une méthode pédagogique, d’une part, mais qu’on me demande du travail dissimulé sous prétexte de « coaching » et de « suivi » de l’élève. Le responsable pédagogique me briefe sur l’élève en m’expliquant qu’elle a besoin d’être mise sous pression en permanence, et que pour cela, il faut que je lui donne du travail constamment. Ce n’est pas ma façon de travailler, mais j’accepte de faire cette concession et de donner du travail supplémentaire à cette élève. Là où ça se corse, et où ça frise l’illégalité, c’est quand il me demande de donner du travail pour le milieu de semaine, de le corriger par WhatsApp mais de ne facturer qu’une heure 30 de cours par semaine. En gros, je devais faire le boulot de professeur à domicile, mais sans me déplacer, puisqu’il y a WhatsApp. Et sans déplacement, pas de facturation de travail.  Comme si WhatsApp annulait le travail que la correction d’un exercice représentait.

Sans surprise, comme je refuse ce procédé et que j’évoque le droit du travail sur la notion de travail dissimulé, il me prend en grippe et arrête de travailler avec moi [soupir de soulagement].

La morale de cette anecdote, c’est que sous couvert d’implication, de belles paroles, de « challenge », de « coaching » et autres balivernes, on cherche de plus en plus à exploiter les gens et à les faire travailler GRATUITEMENT. Pour ma part, j’ai décidé d’être plus vigilante, plus exigeante, de ne plus accepter ce genre de conditions de travail SOUS AUCUN PRÉTEXTE et surtout de m’engager à dénoncer de toutes les manières possibles (médias, police, bouche-à-oreille, inspection du travail…) ce type d’abus. J’espère sincèrement que tous ceux qui liront ce billet s’engageront à entreprendre la même démarche que moi.

 

 

 

 

 

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