« Je pense, mais je ne suis pas »

 

Si vous voulez un exemple de ce qu’est se mouiller quand on est privilégié par le patriarcat, vous pouvez lire ce texte signé Mehdi Bouteghmès.
Avaler la pilule rouge, réaliser que les oppressions sexistes existent concrètement, c’est essentiel pour pouvoir les dénoncer.

 

Beaucoup de déclarations commençant par  »aujourd’hui » et s’ornent de  »pensées pour ». C’est le lot des journées, merde.
On ne devrait pas céder cette question à des personnes qui utilisent la lutte contre le sexisme à des fins racistes.

Donc AUJOURD’HUI, ce matin pour être précis, mes élèves arrivent dans la cour avec une fleur à la main et un sourire aux lèvres. Tantôt elles les gardent précieusement, tantôt elles les offrent aux maîtresses. C’est mignon.
Ça commence si tôt et c’est fait si mal. Si mal de voir des militantes qui elles mêmes ont normalisé que c’était comme ça qu’elles s’affirmaient.. Merde.
Ces mêmes militantes qui finissent insensibilisées aux abus qu’elles mêmes subissent, souvent sur le lieu même de leurs militantismes. Dans les collectivités, les partis et même les associations et qui se taisent parce qu’en face il y a une cause, un leader, un projet à ne pas mettre en péril. Merde.

Donc aujourd’hui, je pense.

Je pense à cette petite de 9 ans qui croit avec toute la naïveté de son âge que cette fleur est précieuse et qu’elle la protégera. Je pense à cette militante presque retraitée qui sert la main à ce  »leader » qu’elle connaît depuis 30 ans, qui l’a violée et qui pourtant se tait.
Je pense à cette collaboratrice qui se fait bloquer dans l’ascenseur par son boss et qui est convoquée le lendemain pour fermer sa gueule.
Je pense à cette bénévole qui fait de l’accompagnement scolaire et qui reçoit des SMS déplacés de  »responsables ».
Je pense à cette femme qui doit faire une fellation à un élu pour pouvoir loger sa famille.
Je pense à cette femme qui regrette de s’être retrouvée seule dans le bureau de son guide spirituel.
Je pense à ces femmes qui ne dépendent de rien ni personne mais qu’on soupçonne toujours d’avoir couché.
Je pense enfin à celle à qui on reproche de se taire, souvent de la part de ceux mêmes qui étouffent des cas de harcèlements et abus sexuels.

Je pense, mais je ne suis pas.

Je ne suis pas une femme. Je ne pourrai pas rentrer dans le pathos et toucher directement le problème, je ne pourrai pas concevoir de solutions. Seules les concernées le peuvent, je ne peux qu’aider.

AUJOURD’HUI ce n’est pas une fête, c’est une  »journée », les mêmes qu’on a pour sensibiliser à la lutte contre l’esclavage et sa mémoire. C’est pas une journée de mémoire, c’est une petite goutte d’eau pour se rappeler que ça va pas. Et a fortiori pour celles qui cumulent sexisme et racisme.

Faites ce que vous voulez de vos corps mais ne laissez pas passer. Toutes les causes du monde ne sont rien devant l’injustice.

 

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