Du sexisme ordinaire sur le web

J’ai régulièrement constaté que lorsqu’une femme s’exprimait sur un sujet de société quelconque _ quand bien même elle serait légitime pour le faire_, elle s’exposait à une shitstorm d’attaques sexistes sur sa condition de femme. J’en ai récemment fait les frais en m’exprimant  sur l’éducation sexuelle des jeunes sur la question cruciale du consentement. Mon objectif n’était pas tant de polémiquer sur la question, mais plutôt de rassurer suite à l’avalanche de fake  news complotistes qui ont inondé les réseaux sociaux ces derniers jours. Finalement, j’en suis arrivée à cette conclusion : 

 

« Pour clôturer cette question sur l’éducation sexuelle, j’ai constaté que la plupart des craintes de parents, notamment ceux qui sont musulmans pratiquants et qui ont des jeunes filles, se centraient sur la peur d’une sexualité précoce et pas forcément conforme à l’éthique musulmane.

Déjà, les questions d’éducation sexuelle à l’école, ça vise vraiment pas à formater ou à inciter à la sexualité. Le but c’est pas de dire, le sexe c’est bien ou c’est mal, c’est juste de dire que c’est une affaire de respect et de consentement avant toute chose. En tant qu’enseignant, on n’a pas notre mot à dire sur le reste, et en tant que femme musulmane, cette conviction ne regarde que moi.

Ensuite, de ce que j’ai pu observer sur moi et sur d’autres sœurs croyantes, le meilleur moyen d’être en adéquation avec sa vie privée et son éthique religieuse, c’est la lutte féministe.

Et oui ! Si vous expliquez d’emblée à une jeune fille que son corps est une proie, qu’elle est en danger, qu’elle doit se couvrir, limiter ses sorties, sinon elle ne sera pas une bonne croyante et en plus les hommes ne la prendront pas au sérieux, vous pouvez être sûrs qu’elle sera tentée tôt ou tard d’utiliser son physique dans un but de séduction. Commenter positivement ou négativement le corps d’une femme, quel que soit son âge, plus si elle est jeune, c’est lui insuffler l’idée qu’elle ne sera qu’un corps, toute sa vie, peu importe ce qu’elle accomplira. L’impact est énorme, et extrêmement négatif. C’est ainsi que l’on rentre dans des schémas auto-destructeurs tels que les troubles du comportement alimentaire ou les relations sentimentales abusives.

Par contre, une femme musulmane qui comprend que son corps lui appartient, est fait pour elle, qu’elle seule peut décider quoi en faire, et qui a cultivé son estime d’elle-même (sport, musique, activité culturelle, théâtre, les moyens ne manquent pas) ne ressentira jamais le besoin d’en user pour les autres ou de l’exposer inutilement. La chasteté et la pudeur préconisées dans la religion sont des moyens pour atteindre la sérénité, et et sont préconisées pour tout le monde, pas seulement pour les femmes. Inutile donc de donner des injonctions sur ce que devrait ou non faire une femme musulmane concernant son intimité, c’est un cheminement intime, et propre à chacune.

Le pire, c’est qu’en plus des injonctions à la pudeur, on est assaillies de pressions quotidiennes pour coucher, que l’on soit seules ou non. On nous accuse d’être prudes, ou d’être hypocrites lorsque l’on refuse. On nous fait comprendre que si on ne cède pas, une autre le fera. On nous fait culpabiliser de ne pas satisfaire son partenaire. Et si on accepte, on nous dira qu’on a été naïves, trop bêtes, pas assez futées, et que si les hommes se tournent vers des femmes qui n’ont pas cédé, c’est en réalité bien fait pour nous. La conséquence de tout ça, c’est un fétichisme de la virginité, qui serait gage de vertu et de morale religieuse, bien plus que la pratique quotidienne et les intentions.

Dans ce contexte, avoir des relations consenties à 100%, sans aucune pression sociale, c’est quasi impossible.

Donc SVP : arrêtez de vous mêler de nos vies, arrêtez de nous dire ce qu’on doit faire, arrêter de nous scruter, vous ne savez pas toute notre histoire. Arrêtez aussi de tourner en dérision cette lutte, de la décrédibiliser, de la rabaisser, comme si ce n’était qu’une plaisanterie. Pour vous c’est une lubie, c’est superflu, pour certaines d’entre nous, c’est une question de survie. Plus que l’oppression en elle-même, c’est le fait qu’on étouffe les tentatives de résistance au patriarcat qui fait souffrir.

(Mise à jour : j’ai bien conscience que nous n’avons pas toutes le luxe d’avoir un pouvoir complet sur notre corps, et qu’il faut composer selon nos priorités, ce témoignage n’est en aucun cas une injonction au féminisme, mais au contraire un appel à la sororité des femmes musulmanes, quel que soit leur rapport au corps et au féminisme) »

J’espérais naïvement calmer le jeu en rédigeant ce témoignage, mais j’ai continué à recevoir des critiques sur le fait d’être célibataire ou de ne pas être mère.

Finalement, la situation s’est renversée favorablement lorsque d’autres femmes se sont mises à riposter face à ce sexisme ordinaire : des liens de solidarité s’étaient créés. On peut donc désormais réfléchir à des solutions concrètes pour que les femmes n’aient plus à s’auto-censurer lorsqu’elles s’expriment sur les réseaux sociaux.

La conclusion de cette anecdote, c’est que la colère extériorisée, lorsqu’elle est exprimée sans irrespect, n’est pas forcément malsaine. En effet, s’il est difficile, voire anxiogène, de se confronter à la réalité de l’actualité, le déni sous prétexte d’optimisme, ne permet pas d’entrevoir l’aperçu d’une solution.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s