Sur la bienveillance entre militants

Quiconque a déjà donné de sa personne dans un projet militant, qu’il soit politique, associatif ou même événementiel, s’est aussi retrouvé dans des situations de débat, de critiques, voire de conflits. Si la critique et le débat sont des choses parfaitement saines dans ce contexte, les situations de conflit peuvent exposer à de la malveillance et de la méchanceté souvent gratuites, qui nuisent fortement à la fois aux individus exposés, mais aussi au combat collectif.

D’une part, les critiques et les colères souvent légitimes de certain.e.s doivent être exprimées, entendues et écoutées. Pour ma part, je n’ai aucun mal à les accepter lorsqu’elles me visent. Tant que ça ne vire pas à l’invective personnelle.

D’autre part, la colère, aussi légitime qu’elle puisse être, n’est pas une excuse pour la malveillance ou la méchanceté. Toute la difficulté réside dans la manière d’exprimer sainement ses critiques et ses colères, sans que ça ne nuise à autrui.

Si la bienveillance n’est pas synonyme de paternalisme ou de condescendance, où placer le curseur ? J’entends parfois dire que la bienveillance, c’est de ne pas critiquer en public, mais en privé. Ou alors, que ceux qui parlent dans le dos des autres ne sont que des lâches ou des hypocrites. Pourtant, je ne suis pas sûre que se cantonner à ces règles un peu trop rigides soit suffisant.

Quand on va mettre des coups de pression à quelqu’un en messages privés, ce n’est pas bienveillant. Quand on commence à s’attaquer à la vie privée, ou qu’on se mêle de ce qui ne nous regarde pas, même en privé, ce n’est pas correct. À l’inverse, exprimer des critiques à l’égard d’une personne, tant que ces critiques visent des choix politiques ou des incohérences, même si on ne s’adresse pas directement à la personne concernée, ce n’est pas un problème. En public ou en privé. Il faut bien comprendre que parfois, certaines personnes sont complètement hermétiques au débat (et ce n’est pas toujours dépendant de leur volonté), et que leur exposer ses critiques frontalement est complètement stérile. D’où la nécessité d’échanger avec des tierces personnes à ce sujet. Et ce n’est pas hypocrite de le faire, c’est simplement une question de pragmatisme quant aux solutions à apporter dans ce genre de circonstances.

Plus largement, le seul moyen de pouvoir avancer collectivement est la création de liens de solidarité, malgré toutes les divergences. On est conscient des limites des alliances qui sont encore beaucoup trop circonstancielles et pas assez permanentes. C’est pourquoi il est nécessaire d’observer constamment ses propres privilèges et de savoir faire preuve de bienveillance en toutes circonstances, dans le but d’arrêter de distribuer des bons ou des mauvais points aux autres militants. Chacun.e fait comme il ou elle peut, et surtout comme il ou elle veut. C’est le fait de savoir coordonner toutes les divergences qui nous fera avancer collectivement, pas celui d’effacer les individualités.

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