« On fait comment pour être révolutionnaire ? »

Des gilets jaunes partout, des grèves tout le temps, des cortèges syndicaux chaque année, de la casse, des nasses de CRS, des rassemblements, des marches, pour tout et rien…en France, la contestation est une tradition. A un tel point qu’elle en est presque caricaturale, car admettons-le, tout ce bruit assimilé parfois éhontément à de la « grogne » n’a pas changé grand chose. Pire, parfois, les mouvements sociaux finissent réprimés, et ce, de plus en plus violemment. Comment sortir de ce cercle vicieux ? Pourquoi les premiers et premières concerné.e.s s’éloignent des mouvements sociaux traditionnels ? 

Hélas, la remise en question au sein même des mouvements sociaux n’a pas la cote. Les organisations qui les structurent traditionnellement préfèrent toujours taper sur les autres salariés, les autres précaires, les autres chômeurs , qui n’ont pas les moyens de faire grève, qui n’ont pas la force de s’engager, car trop occupés à survivre. On les accuse d’être « dépolitisés », de faire « le jeu du pouvoir », d’être des « moutons ». On amalgame sans pitié les petites mains des partis, des associations, des organisations, en les traitant de « collabos », de « larbins », de « vendus », sans se poser la question des raisons qui les poussent à s’engager dans ces lieux, sans se demander comment ces personnes vivent le fait que leur travail sur le terrain soit récupéré par des usurpateurs pris dans des guerres d’ego et de pouvoir.

On se contentera de s’auto-congratuler lorsqu’une manifestation sera mentionnée dans des médias, on ira allègrement taper sur les « casseurs » qui « polluent le mouvement ». On applaudira parce que des responsables syndicaux auront réussi s’asseoir à la table de l’exécutif en revenant bredouille. On oubliera que les cotisations payées de nos poches pour les syndicats servent plus à ce que les responsables se mettent bien qu’à défendre nos collègues en souffrance.

Sauf qu’il ne suffit pas de contredire les chiffres de la police pour savoir qui a la plus grosse [manif]. Il ne suffit pas de marcher dans son quartier excentré et isolé de tout pour crier son malheur. Il ne suffit pas de retourner la voiture de son voisin ou de piller un petit commerce pour exprimer sa colère.

Il faut frapper plus fort, il faut faire peur. Venir en masse dans des endroits symboliques du pouvoir et défier les dispositifs policiers démesurés, c’est un début.

Mais surtout, être solidaire. Tout le monde ne peut pas faire grève, tout le monde ne peut pas manifester. Mais tout le monde a le droit à une parole, et cette parole a les moyens d’être portée.

Et si la révolution, c’était tout simplement de s‘aimer, et d’aimer les gens ? Au-delà du fétichisme insurrectionnel, la meilleure des positions ne serait-elle pas d’accepter qu’il y ait des gens qui manifestent pacifiquement, d’autres qui jettent des pavés, et d’autres encore qui ne se déplacent pas mais partagent la même colère et s’expriment autrement ?  En partant de ce principe, on est tous capables de comprendre que la véritable position révolutionnaire, c’est celle de construire des ponts et des liens de solidarité solides sur le long terme, en dehors des échéances de l’actualité politique et au-delà des clivages qui peuvent diviser (oui oui c’est possible même en conservant les divergences d’intérêts et d’opinions). Partir du local, en donnant de la force aux gens est un travail de longue haleine, certes, mais bien plus efficace qu’une OPA sur des stands de sandwichs merguez-frites et sur tout le folklore manifestant.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. La Nébuleuse dit :

    Le folklore, les références seulement saisissables par les initiés, ça nous mine…

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