Du coût social que représente le militantisme

Lorsqu’on ne milite pas, on a l’impression que militer, c’est un « hobby » comme un autre. Or, ce qui n’est pas montré, c’est que militer, ce n’est pas « gratuit », et ça peut même coûter très cher à l’échelle d’une vie dans une société où ceux qui détiennent le pouvoir ont intérêt à ce que nous ne sortions pas de notre rôle de « travailleur-consommateur ».

On ne choisit jamais de militer…

…en fait, on tombe dedans la plupart du temps, sans même le faire exprès, et après il est impossible de s’en défaire, un peu comme Obélix est tombé dans le chaudron de potion magique dans sa jeunesse et s’en retrouve imbibé jusqu’à l’âge adulte. On commence souvent à militer sans s’en rendre compte, en ayant un avis, en le partageant, en en discutant, en en débattant puis en participant à des projets collectifs. Souvent, il y a un contexte social, individuel et collectif, qui fait que militer est un réflexe inconscient, et non un choix réfléchi.  C’est donc surtout un concours de circonstances qui crée le militant, et non le militant qui s’engage volontairement dans une cause.

Militer est d’abord une question de survie…

…car le contexte qui pousse à militer est souvent celui d’une détresse sociale, psychologique, financière, et donc de souffrance, qui pousse à s’organiser collectivement pour ne pas être broyé. L’image des « philantropes » qui se sacrifient pour une cause est bien souvent fausse : on se bat toujours pour des intérêts, qui sont d’abord les nôtres, et les personnes qui osent prétendre le contraire ne sont honnêtes ni envers elles-mêmes, ni envers les autres. Le militantisme est d’abord une question de rapports de domination et de pouvoir, bien avant d’être une question de morale ou de valeurs éthiques. On ne milite donc ni pour le plaisir, ni pour le confort, mais toujours parce qu’on pense qu’il le faut et qu’on sent qu’il est de notre responsabilité d’agir à son échelle. Les personnes qui ont le luxe de « militer » pour des raisons purement éthiques, se rendent souvent coupables de washing, et font partie de ce qu’il faut combattre.

Militer expose…

…à (au choix) de la haine, du harcèlement, de la précarité, de l’exclusion, à encore plus de violence, à de la médisance, de la calomnie, et à des attaques personnelles, plus ou moins justifiées. Il est de moins en moins rare de voir par exemple des personnes sanctionnées pour avoir exprimé leurs idées, ou encore de voir des personnes contraintes de se sacrifier et faire des choix douloureux au nom de leurs convictions. Ce n’est donc pas de tout repos, et il faut avoir les épaules larges pour pouvoir tout supporter, car ce n’est jamais une position confortable.

Militer demande du temps…

…et que bien souvent, il s’agit de temps qu’on pourrait consacrer à nos loisirs ou à nos proches, et que si cet investissement en temps peut apporter des choses positives et un bénéfice collectif, ce n’est pas toujours une garantie. Inutile de préciser, que, dans la plupart des cas, le militantisme est une activité peu, voire pas, même pas du tout lucrative et que s’il est possible d’être rémunéré pour du travail militant (ce qui est tout à fait légitime), ce n’est pas l’activité la plus pérenne existant sur le marché du travail.

Militer rend difficile l’inclusion sur le marché du travail.

D’une part parce que les employeurs n’ont jamais intérêt à ce que leur force de travail soit consciente à la fois de ses droits et de son lien de subordination. D’autre part, parce qu’il est difficile d’accepter les conditions d’un marché du travail qui fonctionne à flux tendu lorsqu’on doit aller à l’encontre de ses convictions pour effectuer son travail, ou en chercher un, car la dissonance cognitive est trop forte, et donc difficilement supportable.  Tout ceci malgré les compétences que l’on développe en militant, et la force qu’on développe lorsque l’on se consacre à une cause qui nous dépasse.

Militer peut précariser…

…Si notre militantisme entre en conflit avec les clauses du contrat que l’on signe avec son employeur (exemples : devoir de réserve des fonctionnaires, clauses de confidentialité dans certains contrats, etc.). Un.e militant.e peut devenir gênant.e aussi, lorsque ses apparitions publiques nuisent à l’image de son employeur. Dans ces cas de figure, les licenciements sont courants, et ne sont pas interdits par le Code du Travail lorsque l’employeur parvient à justifier un préjudice provenant de l’activité militante de son employé.e.

Militer peut exclure, voire isoler…

Ce n’est un secret pour personne que les débats politiques provoquent des conflits pouvant mener parfois à la rupture, au sein des familles, des relations amicales ou des couples. S’il est vrai que l’on se construit une nouvelle « famille » lorsque l’on milite, sachant que les rapports sociaux évoluent, les contextes qui mènent au militantisme aussi, rien ne garantit la création de liens permanents et durables. Les organisations, et les liens qui les structurent, sont en constante évolution, et font que les alliances qui peuvent se créer sont souvent plus circonstancielles que permanentes. Si on n’est pas capable de se renouveler, ou d’évoluer de manière simultanée avec d’autres militant.e.s, on peut très vite se retrouver isolé.e. Il arrive aussi, que pour des raisons de pouvoir, ou d’ego, des personnes se retrouvent volontairement exclues d’organisations, sans que derrière il n’y ait de mains tendues, par ignorance, ou par rapport de forces défavorable.

Militer demande de l’introspection et une remise en question perpétuelle

…et c’est un travail sur soi qui est permanent. Cela va bien au-delà de la simple thérapie, ou d’un banal développement personnel, car les enjeux sont toujours collectifs, et dépassent notre petite personne. Cela signifie qu’il faut s’accepter comme on est, accepter les autres comme ils sont, mais pas que ; il est nécessaire de faire le bilan de ses privilèges sociaux, de sa situation sociale, et d’accepter qu’on nous renvoie ces privilèges, et cette situation, pour travailler collectivement.

Ainsi, si militer est loin d’être un fardeau, (car ce n’est jamais vain), ce n’est pas non plus sans conséquence sociale. En effet, c’est à la fois une condition nécessaire pour obtenir une vie digne de sens, qui va au-delà de la consommation comme réconfort au travail, et un investissement, qui demande temps, travail et sacrifice. C’est pourquoi il est important de replacer la notion de militantisme dans le juste contexte qui lui appartient.

 

 

 

 

 

 

 

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